Lundi 5 novembre 2007
1767087-ffe9c7f1d2-m.jpeg Toujours brûlante depuis la disparition de l’Empire ottoman, la question kurde prend aujourd’hui une nouvelle dimension. Ce peuple orphelin se remet à espérer dans la constitution d’un État, au nord de l’Irak en guerre. Ce que la Turquie ne peut accepter. Elle a dépêché 100 000 soldats à la frontière et multiplie les bombardements aériens. Inquiets, les États-Unis tentent de retenir Ankara. La diplomatie européenne ne reste pas inactive en coulisses, car la tension est vive.

Mais qu’en serait-il si la Turquie était membre de l’Union européenne ? Les opposants à son entrée agitent le chiffon de l’islamisme ou les réalités de la géographie pour contrer cet élargissement. Le conflit kurde, qui ne s’éteindra pas demain, est un autre argument de poids qu’ils peuvent faire valoir.

D’acteurs plus ou moins engagés actuellement, les Européens passeraient au premier rang sur le front des négociations... et des batailles. Bruxelles se retrouverait au coeur de la poudrière du Moyen-Orient avec, comme voisins immédiats, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Un horizon qui fait froid dans le dos...

La seule question kurde est autrement plus sensible que toutes les revendications nationalistes provenant du Pays basque espagnol, de Corse et même d’Irlande du Nord ! Du milieu des années 1980 à 1999, date de l’arrestation du leader autonomiste Abdullah Ocalan, elle a causé la mort de plusieurs milliers de personnes en Turquie.

L’Union européenne a eu beau considérer le PKK, l’organisation séparatiste kurde, comme une structure terroriste, elle n’est pas d’une sévérité sans relâche. Nombre de Kurdes, fuyant la violence ou cherchant, au contraire, à la financer par divers trafics, vivent sur les bords de la Seine ou du Rhin. Tous ne sont pas militants, mais la plupart ne portent pas Ankara dans leur coeur.

D’où les critiques régulières des dirigeants turcs. Le premier ministre Erdogan vient encore, samedi dernier, d’accuser les pays européens de ne pas extrader les activistes. Il a mis en cause « la sincérité » de nos diplomaties.

Les Vingt-Sept ne font pas de la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie une condition préalable à son adhésion à l’Union. Précaution qui en dit long sur les difficultés à s’entendre des deux parties. Même sur le passé. La France est d’ailleurs l’un des seuls pays à avoir officiellement reconnu ce massacre, et à en condamner la négation.

On peut donc imaginer ce qu’il en serait pour régler la question kurde. La recherche d’une position commune à Bruxelles et Ankara relèverait de l’impossible. Comment trouver un juste milieu entre la tradition européenne du dialogue et la tentation turque du canon ?

Si l’Union est une « machine à faire la paix », conformément à son ambition fondatrice, son histoire ne l’a encore jamais amenée à faire déposer les armes.

Publié le 03 novembre 2007

LE FIGARO

L’éditorial d’Yves Thréard


Par Turquie Libre - Publié dans : Europe
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