
La secrétaire d'Etat américaine
Condoleezza Rice est arrivée vendredi en Turquie pour tenter de stopper une opération turque en Irak visant les rebelles du PKK. Décryptage d’un conflit qui dure depuis vingt ans.
Qu’est-ce que le PKK? Le Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Union européenne. Il mène une violente campagne
contre le gouvernement turc depuis 1984 dans le but d'obtenir la reconnaissance du peuple kurde et l'indépendance du Kurdistan turc. Les combats entre l'armée turque et les rebelles ont fait plus
de 37.000 morts en Turquie depuis le début de l'insurrection.
Pourquoi la situation s’est-elle envenimée récemment? Le 7 octobre, treize soldats turcs ont été tués dans mission dans la province de Sirnak, frontalière de l'Irak au cours d'une
embuscade tendue par des rebelles du PKK. Il s’agissait de l'attaque la plus meurtrière pour les troupes turques depuis le milieu des années 1990, même si les combats avaient repris depuis 2004
(fin du cessez-le-feu). Juste après, le Conseil supérieur de la lutte contre le terrorisme, dirigé par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, a déclaré que «des ordres ont été donnés» à
l'armée pour le lancement, «si nécessaire, d'une opération transfrontalière» contre les rebelles réfugiés en Irak.
Pourquoi l’Irak? La Turquie estime que quelque 3.500 hommes armés du PKK sont basés dans le nord de l'Irak où ils s'approvisionnent en armes pour lancer des attaques en territoire
turc. C'est en effet en Irak que le Kurdistan (un territoire - et non un Etat - qui couvre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie) est le plus structuré politiquement. Deux grandes organisations
rivales (le Parti Démocratique du Kurdistan et l'Union patriotique du Kurdistan) se disputent le nord-est et le nord-ouest du pays.
Quel risque représenterait une incursion turque en Irak? Une déstabilisation du nord du pays, considéré comme «une région stable». C’est pourquoi les Etats-Unis, dont les kurdes
irakiens sont les alliés, tentent de convaincre la Turquie d’y renoncer. Le Premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, a pour sa part annoncé que son pays allait interdire au PKK d'«opérer sur son
sol». Mais la Turquie ne semble pas convaincue et menace l’Irak entier de sanctions économiques.
Quelles sont les issues possibles? Etats-Unis et Irak tentent de privilégier la voie diplomatique. Les premiers ont proposé de coopérer avec la Turquie pour combattre les rebelles
en Irak. Le second suggère de faire surveiller les frontières par les forces de la coalition pour empêcher les attaques du PKK en Turquie, et de renforcer les postes-frontières en armes et
équipements. Mais la solution pourrait venir d’une négociation avec le PKK lui-même. Jeudi, un haut responsable du Parti, réfugié dans le nord de l'Irak, a appellé Ankara à proposer un «plan de
paix». Et ce vendredi, le PKK a annoncé qu’il devrait libérer dans quelques jours huit soldats turcs.
Mustafa Ozer AFP ¦ Soldats turcs et gardes villageois à la frontière entre la Turquie et l'Irak dans la province de Sirnak le 23 octobre 2007
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Catherine Fournier
20Minutes.fr, éditions du 02/11/2007 -